La plupart des gens qui trouvent ChatGPT décevant écrivent des prompts trop longs. Ils détaillent chaque étape, empilent les consignes, joignent tous les fichiers qu'ils ont sous la main, et récupèrent une réponse tiède. Le 13 juillet, OpenAI a publié un guide de prompting écrit non pas pour les développeurs, mais pour les gens qui utilisent ChatGPT au bureau. Son conseil principal va à l'encontre de ce que font la plupart des équipes : arrêtez de scripter, dites simplement ce que vous voulez obtenir.
Pourquoi ça vaut le détour
Bpifrance Le Lab, dans son étude sur l'IA dans les PME et ETI françaises (enquête auprès de 1 209 dirigeants, mise à jour en 2026), relève qu'un tiers seulement des PME et ETI utilisent l'IA au quotidien, et que dans la moitié des cas il s'agit d'outils gratuits ou prêts à l'emploi, trop génériques pour donner leur pleine mesure.
Ce chiffre dit quelque chose d'utile. Le frein n'est pas l'accès à l'outil, il est déjà là, ouvert dans un onglet. Le frein, c'est la façon de s'en servir. Et c'est le seul levier de cette liste qui ne coûte rien : pas de licence à acheter, pas de projet à lancer, juste une manière différente de formuler sa demande.
Les quatre blocs
OpenAI structure un prompt autour de quatre éléments. Aucun n'est obligatoire, et c'est le point le plus important du guide : « n'utilisez que les parties qui aident ».
- L'objectif. Que doit faire ChatGPT ?
- Le contexte. Quelles informations ou quelles sources vont l'aider ?
- La sortie. Quel format, quelle longueur, quel niveau de détail attendez-vous ?
- Les limites. Qu'est-ce qui ne doit pas bouger ? Sur quoi doit-il vous demander avant d'agir ?
Une question courte reste une question courte. Remplir les quatre cases n'a de sens que pour une tâche qui le mérite vraiment.
Partez du résultat, pas des étapes
C'est la bascule mentale à faire. « Décrivez un processus quand le processus lui-même compte. Sinon, laissez à ChatGPT la place de chercher, de comparer et d'ajuster son approche. »
Autrement dit, si vous lui dictez les six étapes à suivre, vous plafonnez sa réponse à votre propre plan. Alors que le public visé et le format, eux, orientent beaucoup plus fortement le résultat qu'une liste de consignes.
Comparez ces deux demandes.
D'abord, lis le compte rendu. Ensuite, identifie les points importants. Puis fais une liste. Ensuite reformule chaque point. Enfin, mets en forme.
Fais-moi le relevé de décisions de cette réunion, pour quelqu'un qui n'y était pas. Une ligne par décision, avec le nom du responsable et l'échéance.
La seconde est plus courte et donne un bien meilleur résultat, parce qu'elle dit à quoi ressemble le livrable fini.
Deux garde-fous suffisent
Sur les limites, OpenAI est explicite : « concentrez-vous sur les une ou deux limites qui comptent le plus. Vous n'avez pas besoin de contrôler chaque étape ».
Un garde-fou se justifie dans deux cas. Quand une modification au mauvais endroit rendrait le résultat inutilisable, et quand vous voulez relire avant que ça parte chez quelqu'un d'autre. Les exemples du guide sont parlants :
- « Ne modifie pas les dates et les montants validés. »
- « Prépare le message en brouillon. Ne l'envoie pas. »
Ce second garde-fou est celui que nous voyons le plus souvent oublié, en particulier dès qu'un outil a la main sur une boîte mail. Pour une relance client, la différence entre un brouillon relu et un envoi automatique, c'est toute la différence entre un gain de temps et un incident client.
N'attachez que ce qui change la réponse
Même logique pour le contexte : « n'ajoutez que les sources qui comptent, et expliquez ce que ChatGPT doit prendre dans chacune ». Joindre douze documents « au cas où » ne rend pas la réponse plus riche, ça la rend plus floue. Un tableur, un PDF et une consigne claire sur ce qu'il faut en tirer valent mieux que tout le dossier.
Pour les sujets sensibles, le guide suggère un réflexe simple : demandez à ChatGPT de vérifier sa propre sortie. Par exemple, contrôler que chaque action de la liste a bien un responsable et une date.
Le template à copier
Gardez-le en note, remplissez uniquement les lignes utiles.
Objectif : [le résultat fini que vous voulez, pas les étapes]
Contexte : [les 1 à 3 sources qui changent vraiment la réponse, et quoi en tirer]
Sortie : [format, longueur, pour qui]
Limites : [1 ou 2 règles dures maximum]
Ce que ça donne sur une tâche réelle, la préparation d'un point commercial hebdomadaire :
Objectif : Prépare-moi la synthèse commerciale de la semaine pour le point du lundi.
Contexte : Le tableur des affaires en cours (ci-joint). Prends uniquement les
affaires dont la date de relance est dépassée.
Sortie : Un tableau, une ligne par affaire, colonnes : client, montant,
jours de retard, prochaine action. Trié par montant décroissant.
Limites : Ne modifie aucun montant du tableur. Signale les lignes où
la date de relance est vide au lieu de deviner.
Le prompt tient en quatre lignes, il ne décrit aucune étape, et il produit un livrable exploitable en réunion.
Quand le prompt devient une routine
Le guide se termine sur un conseil que nous aimerions voir suivi plus souvent : pour une tâche qui revient, affinez d'abord le prompt à la main, puis automatisez-le.
C'est exactement la frontière à surveiller. Tant que vous cherchez la bonne formulation, restez dans la conversation. Mais si vous recopiez le même prompt tous les lundis matin depuis deux mois, vous ne faites plus du prompting, vous exécutez un processus à la main. C'est le moment de le sortir du chat et d'en faire un reporting automatisé qui tourne sans vous.
Où ça coince
Un bon prompt ne rattrape pas des données sales. Si votre tableur d'affaires a trois colonnes « montant » et des dates au format libre, aucune formulation ne sauvera la synthèse. La qualité de la sortie plafonne toujours à la qualité de ce que vous donnez à lire.
Il ne rattrape pas non plus un processus flou. Quand personne dans l'équipe ne sait dire ce qu'est une « affaire en retard », ChatGPT ne le devinera pas mieux que vous. Écrire le prompt oblige souvent à trancher cette question, et c'est déjà une bonne partie du bénéfice.
Par où commencer
Prenez la tâche que vous confiez le plus souvent à ChatGPT, celle où le résultat vous déçoit régulièrement. Réécrivez-la avec le template : le résultat fini d'abord, une ou deux sources, un format précis, un garde-fou. Comparez avec votre ancienne version.
Dans la plupart des cas, votre prompt va raccourcir. C'est plutôt bon signe.
Sources :
- OpenAI, "Prompting", ChatGPT Learn, juillet 2026. https://learn.chatgpt.com/docs/prompting, consulté le 14 juillet 2026.
- The Decoder, "OpenAI's new prompting guide tells users to stop overthinking and start with the result", 13 juillet 2026. https://the-decoder.com/openais-new-prompting-guide-tells-users-to-stop-overthinking-and-start-with-the-result/, consulté le 14 juillet 2026.
- Bpifrance Le Lab, "L'IA dans les PME et ETI françaises : 6 chiffres à retenir", mis à jour en mars 2026. https://lelab.bpifrance.fr/les-entreprises-francaises-et-l-ia-l-aube-d-une-revolution-l-ia-dans-les-pme-et-eti-francaises-6-chiffres-a-retenir/, consulté le 14 juillet 2026.