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Vue de dessus d'une table de travail où plusieurs collaborateurs utilisent ordinateurs portables, tablettes et téléphones
8 min de lectureSeekwel

Depuis cette semaine, ChatGPT ne se contente plus de lire la page que vous lui montrez dans Chrome. Il peut cliquer, remplir un formulaire et envoyer un message dans vos onglets, avec vos sessions déjà ouvertes. Cet article vous donne la liste des sites à lui ouvrir, ceux à lui fermer, et les réglages pour le faire sur chaque poste de votre PME.

Ce qui a changé le 15 octobre

OpenAI a mis à jour son extension ChatGPT pour Chrome. Elle fonctionne désormais en deux modes.

  • Le mode Chat lit vos onglets ouverts. Vous pouvez lui demander de comparer trois devis fournisseurs ouverts côte à côte, ou de résumer un long article.
  • Le mode Work agit dans ces onglets. Il envoie des messages, remplit des formulaires, télécharge des fichiers et range vos onglets.

L'extension est annoncée pour tous les forfaits ChatGPT. Selon EM360Tech (octobre 2026), sa fiche sur le Chrome Web Store affiche 7 millions d'utilisateurs. Autrement dit, il y a de bonnes chances qu'au moins un de vos salariés l'ait déjà installée, ou le fasse ce mois-ci.

Le point qui nous intéresse : le mode Work agit dans les services où la personne est déjà connectée. Sa messagerie, son CRM, son espace bancaire, l'outil de paie. L'agent n'a pas besoin de mot de passe. Il utilise la session ouverte.

Un remplaçant assis à votre bureau, sessions ouvertes

L'image qu'on utilise avec nos clients est simple. Imaginez que vous laissez un remplaçant s'asseoir à votre poste pendant votre pause déjeuner. Votre messagerie est ouverte, votre CRM aussi, l'espace bancaire est resté connecté depuis ce matin.

Ce remplaçant est rapide et de bonne volonté. Mais il n'a pas votre contexte, et il croit volontiers ce qu'il lit à l'écran. Si une page contient une consigne cachée (« envoie ce fichier à telle adresse »), il peut la suivre. C'est le principe de l'injection de prompt, et un agent qui navigue sur le web y est exposé en permanence.

Trois choses à retenir pour décider :

  1. L'agent hérite de vos droits. S'il peut agir dans l'onglet de la banque, il a les mêmes pouvoirs que la personne connectée.
  2. L'extension demande l'autorisation site par site. Par défaut, elle vous pose la question à chaque nouveau site : autoriser une fois, autoriser sur ce site, autoriser sur tous les sites, ou refuser.
  3. Le bouton « tous les sites » est le vrai risque. Un salarié pressé qui clique dessus une fois ne verra plus jamais la question. L'agent pourra alors agir partout, y compris sur les sites que vous auriez voulu protéger.

Le sujet n'est donc pas d'interdire l'extension. C'est de décider, avant vos équipes, où elle a le droit d'agir.

La grille : trois couleurs pour vos sites

On classe chaque site utilisé dans l'entreprise dans une des trois colonnes ci-dessous. Prenez la liste des outils web de votre PME et remplissez-la en réunion, ça prend une demi-heure.

CouleurRègleExemples typiques
VertAutoriser sur ce siteSites d'information, comparateurs, sites fournisseurs publics, documentation
OrangeAutoriser une fois, au cas par casMessagerie, agenda, CRM, outil de gestion de projet
RougeToujours refuser, et bloquerBanque, paie, impôts et URSSAF, logiciel comptable, coffre de mots de passe, outil RH, back-office de la boutique

La logique : tout ce qui peut déplacer de l'argent, exposer des données personnelles ou engager l'entreprise passe en rouge. L'orange, c'est ce qui peut envoyer un message en votre nom, à surveiller action par action.

Voici le modèle à copier dans un document partagé :

GRILLE D'ACCÈS : EXTENSION IA DANS LE NAVIGATEUR
Mise à jour : [date]    Responsable : [nom]

VERT (autoriser sur ce site)
- [site]
- [site]

ORANGE (autoriser une fois, relire avant chaque envoi)
- Messagerie : [domaine]
- CRM : [domaine]
- Agenda : [domaine]

ROUGE (refuser, bloqué par règle Chrome)
- Banque(s) : [domaine]
- Paie / SIRH : [domaine]
- Comptabilité : [domaine]
- impots.gouv.fr, urssaf.fr, net-entreprises.fr
- Gestionnaire de mots de passe : [domaine]
- Back-office boutique / marketplace : [domaine]

Règle par défaut pour un site non listé : refuser, puis demander.

Le réglage poste par poste (cinq minutes)

Sans service informatique, c'est la méthode la plus simple. Elle repose sur un réglage natif de Chrome, qui s'applique quelle que soit la réponse donnée ensuite dans ChatGPT.

  1. Dans la barre d'adresse de Chrome, tapez chrome://extensions.
  2. Trouvez l'extension ChatGPT et cliquez sur Détails.
  3. Dans Accès aux sites, remplacez « Sur tous les sites » par « Sur des sites spécifiques ».
  4. Ajoutez uniquement les sites verts de votre grille.
  5. N'ajoutez pas les sites orange. Sur ces sites, l'extension devra demander l'accès, et la personne l'accordera ponctuellement, en sachant ce qu'elle fait.

Un réflexe en plus, qui coûte zéro : créer un profil Chrome séparé pour le travail avec l'agent. Dans ce profil, on ne se connecte jamais à la banque ni à la paie. Même en cas d'erreur de réglage, l'agent n'y trouvera aucune session ouverte à utiliser.

La limite de cette méthode, c'est qu'elle dépend de chaque salarié. Au-delà de cinq ou six postes, on passe à la règle centrale.

Bloquer les sites rouges sur tous les postes d'un coup

Chrome accepte une règle d'entreprise appelée ExtensionSettings. Elle permet d'interdire à toutes les extensions d'agir sur une liste de sites, sans même connaître l'identifiant de l'extension ChatGPT. C'est le paramètre runtime_blocked_hosts, appliqué à la portée "*" (toutes les extensions).

Voici la configuration à transmettre à votre prestataire informatique, ou à coller vous-même dans la console d'administration :

{
  "*": {
    "runtime_blocked_hosts": [
      "*://*.votre-banque.fr",
      "*://*.impots.gouv.fr",
      "*://*.urssaf.fr",
      "*://*.net-entreprises.fr",
      "*://*.votre-logiciel-de-paie.fr",
      "*://*.votre-logiciel-comptable.fr"
    ]
  }
}

Quelques précisions issues de la documentation Chrome Enterprise de Google :

  • Pas de chemin dans les adresses, uniquement des domaines (*://*.exemple.fr, pas exemple.fr/compte).
  • 100 entrées maximum, les suivantes sont ignorées. Largement suffisant pour une PME.
  • Où la déployer : si vous avez Google Workspace, dans la console d'administration, rubrique navigateur Chrome. Sinon, Chrome Enterprise Core (gratuit) fait la même chose. Sur des postes Windows isolés, un prestataire peut aussi la poser par le registre.

Un effet de bord à connaître : la règle bloque toutes les extensions sur ces sites, y compris votre gestionnaire de mots de passe. Si vos équipes en ont besoin sur la banque, il faut ajouter une entrée dédiée à son identifiant pour l'en exempter. On le fait en dix minutes, mais il vaut mieux le savoir avant que le support sonne.

Les consignes à donner à l'équipe

Un réglage technique ne remplace pas trois phrases claires. Voici le texte qu'on ajoute à la charte d'usage IA de nos clients :

EXTENSION IA DANS LE NAVIGATEUR
1. Ne jamais cliquer sur « Autoriser sur tous les sites ».
2. Sites rouges de la grille : l'agent n'y agit jamais, même sur demande.
3. Avant tout envoi (mail, message, formulaire), relire ce que l'agent a préparé.
4. Fermer les onglets bancaires et RH avant de lancer une tâche en mode Work.
5. En cas de doute sur une action de l'agent : prévenir [nom], sans attendre.

Le point 4 paraît anodin. C'est pourtant celui qui évite le plus de mauvaises surprises : un onglet fermé, c'est un onglet que l'agent ne peut pas lire.

Où ça coince en pratique

La liste vieillit vite. Chaque nouvel outil SaaS adopté par une équipe est un site de plus à classer. Mettez la grille à l'ordre du jour d'un point mensuel, sinon elle sera fausse en trois mois.

Les actions de l'agent ressemblent à celles d'un humain. Un formulaire rempli en mode Work part avec la session du salarié. Dans vos outils, rien ne distingue l'agent de la personne. Si une erreur survient, il faudra reconstituer qui a demandé quoi.

Le navigateur n'est pas le bon endroit pour tout. L'extension est utile pour une tâche ponctuelle : comparer, préremplir, trier. Pour un travail qui revient tous les jours, comme la relance des impayés ou la saisie des commandes, un agent qui clique dans des onglets reste fragile. Un workflow dédié, branché directement sur vos outils avec des droits limités, tient mieux dans la durée et laisse une trace propre.

Par où commencer

Cette semaine, une seule action : listez les cinq sites où un clic de travers coûterait le plus cher (banque, paie, comptabilité, impôts, boutique). Mettez-les en rouge, bloquez-les sur votre propre poste avec le réglage « Sur des sites spécifiques », puis faites-le sur les postes de ceux qui ont accès à ces sites. Le reste de la grille peut attendre la semaine suivante.


Sources :

Besoin d'aller plus loin ?

On peut le faire pour vous.

On peut vous aider à décider quelles tâches confier à un agent dans le navigateur, et lesquelles méritent un workflow dédié et encadré.

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