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Une main tient un stylo rouge et annote un document ouvert sur un bureau en bois.
9 min de lectureSeekwel

Vous avez demandé un mail de trois lignes, vous avez reçu une page. Le contenu est juste, mais votre client ne le lira pas jusqu'au bout, et vous avez passé cinq minutes à le raccourcir. Un ingénieur d'Anthropic a expliqué cette semaine pourquoi les modèles récents écrivent comme ça. La bonne nouvelle : le correctif tient dans une fiche de style que vous pouvez coller dans vos outils aujourd'hui.

Ce qu'un ingénieur d'Anthropic a reconnu cette semaine

Le 23 septembre 2026, Jackson Kernion, qui travaille sur le fine-tuning de Claude chez Anthropic, a publié une explication que The Decoder a relayée. Selon lui, Claude Opus 4.6 était le dernier « bon modèle d'écriture » de la maison. Les versions suivantes ont été entraînées à fond sur les maths, le code et des explications techniques destinées à être lues par d'autres IA.

Résultat : le modèle a appris à écrire pour des machines. Une IA a une mémoire de travail bien plus large qu'un humain, elle supporte des phrases interminables et des paragraphes sans respiration. Kernion parle d'un style « adapté à la psychologie des LLM ». Pour un lecteur humain, ça donne ce qu'il appelle des « info dumps trop denses ».

Anthropic dit avoir corrigé une partie du problème avec Opus 5.5, sorti le 22 septembre. Kernion lui-même reconnaît que ça reste « un problème difficile à résoudre ». On ajoute une nuance : le phénomène ne concerne pas que Claude. Les modèles d'OpenAI et de Google sont optimisés avec les mêmes recettes. Anthropic est simplement le premier éditeur à le dire à voix haute.

Le symptôme a été mesuré, ce n'est pas une impression

Arena, la plateforme qui compare les modèles sur des conversations réelles, a analysé des dizaines de milliers de réponses en août 2026 (relayé par AlphaSignal). Claude Opus 5 produisait en moyenne 510 mots par réponse, contre 158 pour Opus 4.5. Trois fois plus long, avec des phrases nettement plus longues et davantage de propositions enchaînées.

Dans l'autre sens, Box, client test d'Opus 5.5, rapporte sur la page de lancement d'Anthropic des réponses 40 % moins verbeuses sans perte de précision. Autrement dit, la longueur n'apportait rien. Elle coûtait juste du temps de lecture.

Pourquoi ça vous coûte, concrètement

Dans une PME, on voit ce défaut à quatre endroits. Les mails clients, où la réponse à une question simple fait douze lignes. Les propositions commerciales, où l'argument principal arrive en page deux. Les comptes rendus de réunion, où les décisions sont noyées dans le résumé des échanges. Et les réponses de support, où le client cherche la solution au milieu des formules de politesse.

Le coût est double. Le lecteur décroche, et il classe mentalement le texte comme « écrit par une IA », ce qui abîme la confiance. Et quelqu'un chez vous relit, coupe, reformule. C'est du temps que l'automatisation devait vous rendre.

Le diagnostic en cinq minutes

Prenez trois textes récents sortis de votre outil d'IA, un mail, un compte rendu, une réponse client. Passez-les à cette grille :

  1. L'information utile est-elle dans la première phrase ? Si le texte commence par « Suite à notre échange » ou « Dans un contexte où », non.
  2. Combien de mots pour ce que vous auriez dit en trois lignes ? Au-delà du double, le texte est trop long.
  3. Y a-t-il des fioritures à la place d'affirmations directes ? « Un levier à actionner », « s'inscrit dans une dynamique », « au cœur de nos priorités ».
  4. Y a-t-il des formules de remplissage ? « Il convient de noter », « n'hésitez pas à », « je reste à votre entière disposition ».
  5. Des listes à puces là où une phrase suffisait ? Trois puces d'un mot chacune, c'est une phrase déguisée.
  6. Le lecteur sait-il quoi faire à la fin ? Un texte qui se termine sans action attendue est un texte qu'on relit pour comprendre ce qu'on attend de soi.

Si trois cases ou plus sont cochées, la fiche de style ci-dessous va changer vos textes dès demain.

La fiche de style à coller dans vos outils

Anthropic a publié dans son guide de prompting une définition de ce qu'elle appelle la « prose maniérée » : des métaphores et des effets qui remplacent une affirmation directe, et qui existent « pour mettre en valeur celui qui écrit, pas pour transmettre l'idée ». L'éditeur recommande de coller cette définition dans le message, et note que la version courte, « supprime toute prose maniérée », marche souvent aussi.

On est partis de là et on a ajouté ce qu'on impose dans nos propres automatisations. Voici la fiche complète, à copier telle quelle :

Règles d'écriture, à respecter dans toute réponse :

- Commence par l'information la plus utile pour le lecteur. Pas de préambule, pas de rappel du contexte.
- Longueur cible : [indiquer : 5 lignes / 150 mots / une demi-page]. Si tu dépasses, coupe.
- Une idée par paragraphe. Phrases de 20 mots maximum en moyenne.
- Écris pour un lecteur pressé qui n'a pas suivi la conversation : nomme les choses par leur nom.
- Supprime toute prose maniérée : les métaphores et les fioritures qui remplacent une affirmation directe (« un levier à actionner », « s'inscrit dans une dynamique »). Quand une formulation littérale existe, utilise-la.
- Pas de formules creuses : « il convient de noter », « n'hésitez pas à », « dans un monde où », « je reste à votre disposition ».
- Pas de liste à puces si une phrase suffit. Pas de gras. Pas de tirets longs.
- Termine par l'action attendue du lecteur, en une phrase.
- Ton : [vous / tu], [formel / direct], signature : [prénom, fonction].

Les crochets sont à remplir une fois, par type de texte. Une relance de facture n'a pas la même longueur cible qu'un compte rendu de comité.

À quoi ça ressemble sur une relance

Prenons une relance de facture, un cas qu'on automatise souvent. Sans consigne, un modèle récent produit typiquement ceci :

Bonjour Madame Martin, j'espère que ce message vous trouve bien. Je me permets de revenir vers vous concernant la facture n° 2026-0412 d'un montant de 3 240 € TTC, émise le 12 août dernier, dont l'échéance était fixée au 11 septembre. À ce jour, et sauf erreur de notre part, nous n'avons pas encore constaté la réception du règlement correspondant. Il est tout à fait possible que ce retard soit lié à un simple oubli ou à un décalage administratif, ce que nous comprenons parfaitement. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir procéder au règlement dans les meilleurs délais, ou de nous indiquer si un élément bloque le traitement de cette facture. Je reste bien entendu à votre entière disposition pour tout complément d'information.

Avec la fiche de style et une cible à cinq lignes :

Bonjour Madame Martin, la facture 2026-0412 (3 240 € TTC) était due le 11 septembre et nous n'avons pas reçu le règlement. Si le paiement est parti, ignorez ce message. Sinon, pouvez-vous nous indiquer une date de virement avant vendredi ? Merci, Claire Dupont, comptabilité.

Même information, un tiers de la longueur, et la personne sait exactement quoi faire. C'est ce réglage qu'on applique dans une relance personnalisée automatisée : le ton reste humain parce que la consigne est stricte, pas parce que le modèle est bon en rédaction.

Où mettre la fiche pour ne pas la recopier

Le piège classique : coller la consigne dans une conversation, puis l'oublier la fois suivante. Chaque outil a un endroit prévu pour ça.

  • ChatGPT : « Personnaliser ChatGPT » pour une règle globale, ou les instructions d'un Projet pour une règle par type de texte.
  • Claude : les préférences de profil, ou les instructions d'un Projet. Anthropic recommande de mettre la consigne dans le message utilisateur plutôt que dans les instructions système quand les deux sont possibles.
  • Gemini : un Gem par usage (relance, compte rendu, réponse client).
  • Vos automatisations (agent de support client, workflow n8n ou Make) : dans le prompt système de l'étape qui rédige, avec la longueur cible en dur.

Puis testez. Prenez les cinq derniers textes produits sans la fiche, relancez-les avec, et faites lire les deux versions à quelqu'un qui n'a pas participé. S'il préfère la version longue une fois sur cinq, vous avez votre réglage.

Où ça coince en prod

Trois choses qu'on a apprises en déployant ces consignes chez nos clients.

Le style dérive dans les conversations longues. Après vingt échanges, le modèle retrouve ses réflexes. Quand ça arrive, on recolle la règle courte dans le message plutôt que d'espérer que l'instruction du début tienne.

Trop court n'est pas toujours mieux. Une synthèse de contrat ou une analyse de devis fournisseur a besoin de densité. La longueur cible se fixe par type de texte, pas une fois pour toute l'entreprise. C'est pour ça que la fiche a un champ à remplir et pas un chiffre imposé.

Quelqu'un doit encore lire. La fiche réduit la relecture, elle ne la supprime pas. Un texte court et direct qui contient une erreur de montant reste une erreur. Ce qu'on gagne, c'est que la relecture porte sur le fond et plus sur la forme.

Commencez par un seul type de texte

Choisissez celui qui part le plus souvent chez vos clients, en général le mail de réponse ou la relance. Remplissez les crochets de la fiche, collez-la au bon endroit, et comparez sur une semaine. Si le temps de relecture baisse et que les réponses clients arrivent plus vite, étendez au compte rendu, puis au reste.


Sources :

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Vos équipes réécrivent à la main les mails, relances ou réponses support que l'IA leur génère ? On regarde ensemble où le style dérape et on cale les bonnes consignes dans vos outils.

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