OpenAI a présenté jeudi Astra for Law, une version de son modèle GPT-6 Astra réglée pour les cabinets d'avocats. Sur le test de recherche juridique qu'OpenAI a lui-même choisi, elle répond juste à 54 % des questions. Et son index ne couvre que le droit américain.
Vous, vous avez un contrat fournisseur de quatorze pages à signer vendredi, et personne pour le lire. On vous montre ce qu'un assistant IA généraliste sait faire sur ce contrat, le prompt qu'on utilise, et l'endroit précis où il faut s'arrêter.
Ce qu'OpenAI a annoncé, et ce que ça change pour vous
Astra for Law, c'est GPT-6 Astra branché sur un index juridique maison : jurisprudence, lois, règlements et règles de procédure des États-Unis, alimenté notamment par la base ouverte du Free Law Project. S'y ajoutent des connecteurs vers les logiciels des cabinets. L'accès passe par un programme réservé à une sélection de cabinets américains, et Le Monde Informatique ne relève aucune couverture du droit français ou européen.
Le chiffre qui nous intéresse est le score. OpenAI a testé son modèle sur 200 questions du Legal Research Bench de Vals AI. La version spécialisée dépasse à peine la moyenne. La version généraliste, celle qui ressemble à l'assistant que vous utilisez, tombe à 38,7 % avec une simple recherche web. Ce sont les tests d'OpenAI, sans audit indépendant, comme le note The Next Web.
Notre lecture : si le meilleur modèle du moment, équipé d'une base juridique dédiée, se trompe presque une fois sur deux en recherche juridique, l'assistant de votre équipe ne doit pas faire de recherche juridique. En revanche, il y a une autre tâche sur laquelle il est bon.
Lire un contrat, ce n'est pas chercher du droit
Tout se joue dans cette distinction.
Chercher du droit, c'est répondre à « cette clause est-elle valable ? » ou « que dit la loi sur ce préavis ? ». Le modèle doit aller puiser dans ce qu'il a retenu de millions de pages. C'est là qu'il invente : un article de code qui n'existe pas, une décision de justice jamais rendue, le tout avec un ton assuré.
Lire un contrat, c'est travailler sur un texte qu'on lui a fourni. Retrouver la durée, repérer le renouvellement automatique, comparer deux versions, signaler ce qui manque. La réponse est dans le document, et vous pouvez la vérifier en trente secondes.
On le présente souvent comme ça aux équipes : imaginez un stagiaire qui lit très vite, ne saute aucune ligne, n'a jamais étudié le droit français, et ne dit jamais « je ne sais pas ». Vous lui confiez la lecture. Pas l'avis.
Ce qu'on lui confie, ce qu'on garde
| On lui confie | On garde (ou on confie à un avocat) |
|---|---|
| Résumer le contrat en dix lignes | Dire si une clause est valable en droit français |
| Extraire durée, préavis, prix, pénalités, plafonds | Évaluer un risque de contentieux |
| Repérer le renouvellement automatique et les dates clés | Décider de ce qui est acceptable pour l'entreprise |
| Comparer deux versions et lister les écarts | Rédiger la clause définitive d'un contrat à enjeu |
| Signaler les formulations ambiguës et les sujets absents | Citer une loi ou une jurisprudence |
| Préparer les questions à poser à l'autre partie | Signer |
La colonne de gauche représente, dans ce qu'on voit, l'essentiel du temps passé sur un contrat courant. C'est aussi la partie qu'on bâcle quand on est pressé.
La méthode en quatre étapes
1. Préparez le document
Utilisez l'offre entreprise de votre assistant (ChatGPT Business, Claude Team, Copilot ou l'équivalent chez Mistral), et vérifiez que ses conditions excluent l'entraînement sur vos données. Jamais un compte gratuit personnel. Un contrat contient des prix, des noms, parfois des données de salariés.
Si le contrat est sensible, remplacez les noms des parties et les montants avant de le charger. « Société A », « Société B », « montant X » : la lecture reste aussi bonne.
Vérifiez que le PDF contient du vrai texte. Un scan de mauvaise qualité, c'est une lecture pleine de trous que rien ne signale.
2. Lancez la lecture avec ce prompt
Copiez-le tel quel, remplissez les crochets, joignez le contrat.
Tu relis un contrat pour le compte de [ma société], qui est [le client / le fournisseur].
Contexte : [qui nous sommes, ce qu'on achète ou vend, montant annuel approximatif].
Travaille uniquement à partir du document joint. N'utilise aucune
connaissance extérieure. Ne cite aucune loi, aucun article de code,
aucune jurisprudence.
1. Résume le contrat en 10 lignes : objet, durée, prix, qui s'engage à quoi.
2. Remplis un tableau, une ligne par sujet :
durée et renouvellement / résiliation et préavis / prix et révision
de prix / délais et pénalités / responsabilité et plafonds /
propriété intellectuelle / données et confidentialité /
exclusivité ou non-concurrence / loi applicable et tribunal compétent.
Colonnes : ce que dit le contrat | numéro de l'article |
citation exacte entre guillemets | à qui ça profite
(nous, l'autre partie, équilibré).
3. Liste les sujets absents du contrat qu'on s'attendrait à y trouver.
4. Liste les formulations ambiguës, celles qui peuvent se lire
de deux façons, avec le numéro de l'article.
5. Propose 5 questions à poser à l'autre partie avant de signer.
Si une information n'est pas dans le document, écris
« absent du document ». Ne devine pas.
Deux lignes font tout le travail. « Citation exacte entre guillemets » rend chaque affirmation vérifiable. « Ne cite aucune loi » ferme la porte à la recherche juridique, là où le modèle invente.
3. Vérifiez les citations, pas le résumé
Ne relisez pas tout. Prenez le tableau, et pour chaque ligne qui compte, cherchez la citation dans le PDF (Ctrl+F sur quelques mots). Si elle y est, mot pour mot, la ligne est fiable. Si elle n'y est pas, la ligne est fausse et vous relisez l'article concerné vous-même.
Comptez une dizaine de minutes pour un contrat d'une quinzaine de pages. C'est ce contrôle qui fait la différence entre un outil de lecture et une source d'erreurs.
4. Triez : signer, négocier, ou faire relire
À ce stade, vous avez une vue claire de ce que dit le contrat. Trois issues.
- Rien d'anormal, enjeu faible : vous signez en sachant ce que vous signez.
- Deux ou trois points déséquilibrés : vous envoyez à l'autre partie les questions préparées au point 5 du prompt. Demandez à l'assistant de rédiger le mail, pas la clause.
- Un des signaux ci-dessous : vous transmettez à votre avocat le contrat et le tableau. Il gagne du temps, vous aussi.
Quand on appelle un avocat quand même
Gardez cette liste à côté du prompt. Une seule case cochée suffit.
[ ] Le contrat engage plus d'un an ou une part significative du chiffre d'affaires
[ ] Il contient une exclusivité, une non-concurrence ou une cession de propriété intellectuelle
[ ] La responsabilité de l'autre partie est plafonnée très bas, ou la nôtre ne l'est pas
[ ] La loi applicable ou le tribunal compétent n'est pas français
[ ] Il touche au droit du travail, à un bail commercial ou à une cession
[ ] Des données personnelles de clients ou de salariés sont confiées à l'autre partie
[ ] L'assistant a signalé une ambiguïté sur le prix, la durée ou la sortie
[ ] Vous avez un doute, tout simplement
L'IA ne remplace pas l'avocat. Elle change la question que vous lui posez. Au lieu de « pouvez-vous lire ce contrat ? », vous arrivez avec « l'article 9 plafonne sa responsabilité à trois mois de facturation, est-ce qu'on peut obtenir mieux ? ».
Où ça coince
Les annexes. Les conditions générales renvoient souvent à une grille tarifaire, à un accord de niveau de service ou à un document en ligne. Si vous ne les joignez pas, l'assistant ne les lit pas, et le piège est souvent là.
Le faux sentiment de sécurité. Un tableau propre donne envie de sauter l'étape 3. Ne la sautez pas. Une citation introuvable est rare, mais elle tombe toujours sur la clause qui comptait.
Le volume. La méthode tient pour quelques contrats par mois. Si vous recevez chaque semaine des conditions générales attachées à des bons de commande, le sujet n'est plus la lecture, c'est le flux : capter les documents à l'arrivée, extraire les mêmes champs à chaque fois, alerter quand une clause sort de votre standard. C'est le même chantier que le traitement des commandes, avec une étape de contrôle en plus.
Les échéances. Lire le préavis ne sert à rien si personne ne s'en souvient dans onze mois. Reportez la date limite de résiliation dans un agenda partagé le jour de la signature.
Commencez par un contrat déjà signé
Prenez un contrat en cours que vous connaissez bien, un abonnement logiciel ou un contrat de maintenance. Passez-le dans le prompt, vérifiez les citations, et regardez ce que vous apprenez. On y découvre souvent une date de renouvellement que personne n'avait notée. Vous saurez vite si la méthode vaut la peine d'être généralisée.
Sources :
- Le Monde Informatique, « OpenAI lance Astra for Law pour les professionnels du droit », septembre 2026. https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-openai-lance-astra-for-law-pour-les-professionnels-du-droit-100794.html, consulté le 19 septembre 2026.
- The Next Web, « OpenAI launches Astra for Law, and its own legal research index », septembre 2026. https://thenextweb.com/news/openai-astra-for-law-gpt-6-legal-search-index, consulté le 19 septembre 2026.
- The Decoder, « OpenAI takes aim at the legal market with Astra for Law », septembre 2026. https://the-decoder.com/openai-takes-aim-at-the-legal-market-with-astra-for-law/, consulté le 19 septembre 2026.
