Depuis quelques mois, on vous propose peut-être « d'apparaître dans ChatGPT ». Le 8 octobre 2026, Anthropic a tracé une ligne nette dans ce marché : à partir du 12 novembre, utiliser Claude pour fabriquer de fausses sources qui nourrissent les réponses des IA est interdit. Cet article vous aide à trier, dans ce qu'on vous vend, ce qui est du travail honnête et ce qui peut vous retomber dessus.
Ce qui change le 12 novembre
La nouvelle politique d'usage d'Anthropic ajoute une section sur les campagnes trompeuses. Une phrase vise directement le marché de la visibilité dans les IA : il est interdit de manipuler les sources où les moteurs de recherche et les IA puisent leurs réponses, en y semant des contenus qui mentent sur leur origine, leur auteur ou leur indépendance.
L'exemple cité parle de lui-même : un réseau de sites qui se présentent comme indépendants et confirment tous la même affirmation. Les faux avis et les faux personas restent interdits, comme avant.
Ce n'est pas une lubie isolée. Google classe déjà comme spam, dans ses règles officielles, toute tentative de manipuler les réponses générées par IA dans son moteur. Un site pris la main dans le sac peut être déclassé, voire retiré des résultats.
La règle d'Anthropic s'applique aux utilisateurs de Claude, pas à votre site. Elle ne vous vise donc pas directement. Mais elle confirme une tendance : les fournisseurs d'IA et Google regardent désormais la même chose, à savoir qui parle vraiment.
Pourquoi c'est arrivé maintenant
Dans son rapport sur les usages malveillants de Claude publié le 10 septembre 2026, Anthropic décrit un cas qui touche la France de près. Une agence de publicité numérique établie en France utilisait Claude pour alimenter environ 70 faux sites d'information locale, signés par des journalistes qui n'existaient pas. Selon ActuIA, au moins 8 913 articles ont été publiés ainsi, dans une vingtaine de langues. Le compte a été fermé.
Ce dossier était surtout une opération d'influence à la demande. Mais la mécanique est exactement celle qu'on retrouve, en plus discret, dans certaines offres de « GEO » vendues aux entreprises : produire en masse des contenus qui ont l'air indépendants et qui disent tous du bien de la même marque.
Le vrai risque pour vous : votre prestataire triche en votre nom
Vous n'allez pas monter un réseau de faux médias. En revanche, vous pourriez signer avec quelqu'un qui le fait.
Disons une PME de 40 personnes, fabricant de menuiseries, qui paie une agence pour « remonter dans les réponses de ChatGPT ». L'agence publie des comparatifs sur une dizaine de blogs qu'elle contrôle, tous signés de pseudonymes, tous classant la PME première. Pendant quelques mois, ça marche. Puis Google déclasse ces sites, les IA cessent de les reprendre, et la marque reste associée à un réseau qu'un concurrent ou un journaliste peut exposer en une après-midi.
Le coût n'est pas seulement l'argent dépensé. C'est la confiance, qui se reconstruit beaucoup plus lentement qu'elle ne se perd.
La ligne rouge en une question
Pour chaque contenu qui parle de vous, posez-vous une seule question : le lecteur sait-il qui parle ? Si la réponse est oui, vous êtes du bon côté. Si le contenu ne marche que parce que le lecteur croit à une source indépendante, vous êtes de l'autre.
| Pratique | Verdict |
|---|---|
| Une page de votre site qui répond clairement aux questions de vos clients | Légitime |
| Un article invité signé par votre dirigeant, publié avec mention de l'auteur | Légitime |
| Un contenu sponsorisé, affiché comme tel sur un vrai média | Légitime |
| Demander à de vrais clients de laisser un avis | Légitime |
| Des textes rédigés avec l'IA, relus et publiés au nom de votre entreprise | Légitime |
| Des « comparatifs indépendants » publiés sur des blogs que l'agence possède | À proscrire |
| Des avis écrits par l'agence ou par vos salariés sous de faux noms | À proscrire |
| Des sites satellites qui reprennent tous le même message sur votre marque | À proscrire |
| Des « experts » inventés qui vous recommandent dans des forums | À proscrire |
Remarquez que l'IA n'est pas le problème. Écrire avec Claude ou ChatGPT reste permis. D'ailleurs, la publication automatisée ne figure plus dans la liste des usages à haut risque d'Anthropic. Ce qui est visé, c'est le mensonge sur la source, pas l'outil.
La grille à envoyer à votre agence
Si vous travaillez déjà avec une agence de référencement, ou si on vous en propose une, copiez ces questions dans un mail. Une agence sérieuse y répond en une journée, sans gêne. Une réponse floue sur les questions 2 à 5 doit vous arrêter.
Objet : vos méthodes pour notre visibilité dans les moteurs et les IA
Bonjour,
Avant de poursuivre, pouvez-vous nous répondre par écrit sur ces points :
1. Sur quels sites publiez-vous des contenus qui mentionnent notre
entreprise ? Merci de nous en envoyer la liste complète.
2. Possédez-vous, directement ou non, certains de ces sites ?
3. Les contenus qui nous citent indiquent-ils clairement qu'ils sont
sponsorisés ou rédigés pour notre compte ?
4. Les auteurs signataires sont-ils des personnes réelles et
identifiables ?
5. Rédigez-vous ou sollicitez-vous des avis clients ? Comment
vérifiez-vous qu'ils viennent de vrais clients ?
6. Quels outils d'IA utilisez-vous pour produire ces contenus, et
qui les relit avant publication ?
7. Comment mesurez-vous nos citations dans les réponses des IA, et
pouvons-nous voir ces mesures nous-mêmes ?
8. Que se passe-t-il si un contenu publié pour nous est jugé
trompeur par un moteur ou un fournisseur d'IA ?
Merci d'avance,
Et dans le contrat, une clause courte suffit pour poser le cadre :
Le prestataire s'engage à ne publier aucun contenu mentionnant le
client sans indiquer clairement son origine, son auteur réel et, le
cas échéant, son caractère sponsorisé. Il s'interdit toute création
de faux avis, de faux profils ou de sites présentés comme
indépendants. Il fournit au client, sur simple demande, la liste à
jour des publications réalisées pour son compte.
Ce qui fait réellement citer une entreprise
Bonne nouvelle : ce qui marche durablement est aussi ce qui est permis. Quand on regarde quelles PME les assistants citent, on retrouve presque toujours les mêmes ingrédients.
- Des pages qui répondent à de vraies questions. Prix indicatifs, délais, zone d'intervention, différences entre vos offres. Une IA reprend ce qu'elle trouve formulé clairement.
- Une identité vérifiable. Page « qui sommes-nous » avec des noms, adresse, numéro SIREN, fiche Google à jour. Les IA croisent ces signaux.
- Des avis réels, régulièrement. Un mail après chaque chantier ou livraison, avec le lien direct vers la page d'avis. C'est ennuyeux, et c'est ce qui marche.
- Quelques mentions sur de vrais tiers. Un article dans la presse locale, une fiche dans l'annuaire de votre fédération, une intervention dans un salon. Peu, mais vrais.
- Un site techniquement lisible. Si les robots des IA ne peuvent pas lire vos pages, le reste ne sert à rien. C'est souvent là qu'une refonte de site simple fait plus qu'une campagne.
Rien de tout ça ne se fait en une semaine. Mais rien de tout ça ne peut vous être reproché dans un an.
Où ça coince en pratique
Le vrai frein, dans les PME qu'on croise, c'est le temps. Rédiger vingt pages de réponses claires et relancer chaque client pour un avis, personne n'a l'heure pour ça. C'est précisément là que l'IA a sa place, du bon côté de la ligne : préparer des brouillons de pages à partir de vos devis et de vos mails clients, envoyer la demande d'avis au bon moment, signaler les questions qui reviennent sans réponse sur votre site.
L'IA rédige, vous relisez, vous signez. C'est la différence entière entre ce qui sera interdit le 12 novembre et ce qui restera votre meilleur atout.
Par où commencer cette semaine
Envoyez la grille à votre agence, si vous en avez une. Puis tapez dans ChatGPT, Claude et Gemini les trois questions qu'un client vous pose le plus souvent, et notez qui est cité. Si ce n'est pas vous, vous savez quelles pages écrire en premier.
Sources :
- Search Engine Journal, "Claude's New Rules Target Fake Sources Built To Sway AI Answers", 9 octobre 2026. https://www.searchenginejournal.com/claude-rules-fake-sources-ai-answers/592456/, consulté le 18 octobre 2026.
- TechCrunch, "Anthropic changes usage policy to ban model abuse and election interference", 8 octobre 2026. https://techcrunch.com/2026/10/08/anthropic-changes-usage-policy-to-ban-model-abuse-and-election-interference/, consulté le 18 octobre 2026.
- ActuIA, "Rapport Anthropic : cinq détournements de Claude liés à la France et à l'Afrique francophone", 18 septembre 2026. https://www.actuia.com/actualite/detournements-de-claude-cinq-dossiers-lies-a-la-france-et-a-lafrique-francophone/, consulté le 18 octobre 2026.
- Google Search Central, "Règles concernant le spam pour la recherche Google". https://developers.google.com/search/docs/essentials/spam-policies, consulté le 18 octobre 2026.
